LE DIEU AMON

             JMN

 

Originaire de Thèbes et dans un premier temps purement local, Amon devient le dieu national et dynastique à partir du Moyen Empire.

I- Origines du dieu Amon

1- Les premières mentions de l'entité divine Amon

* Dans les Textes des Pyramides (plus ancien corpus de textes religieux connu de environ 2350 à 2150 av J.C.),  on a trouvé deux mentions certaines d'une entité divine Jmn:

 

 

  -Pyr. 446 (pyramide d'Ounas): Jmn est cité dans une série de paires protectrices du roi avec Jmn.t

  -Pyr. 1540b (pyramide de Pépi Ier): "le roi est monté sur le trône d'Jmn".  Mais ici Jmn peut aussi être interprété comme "caché", "stable" ou "celui qui demeure".

Dans tous les cas, dans ces deux occurrences, rien ne permet de relier cette entité au dieu Amon de Karnak.

2- Origines possibles et signification du nom Amon

Il est maintenant admis que le nom Amon n'a pas d'origine étrangère à l'Égypte, même si on peut s'interroger sur la similitude entre une divinité nubienne  de l'eau qui s'incarnait en bélier et l'aspect criocéphale d'Amon qui apparaît sous Thoutmosis Ier.

La racine "jmn"                   possède plusieurs sens en égyptien:

- établi, durable

- dextre, droit

- caché

On peut admettre que le nom du dieu signifie dès les origines "Le Caché".

Amon est un dieu dont la forme et le nom sont dissimulés afin que nul ne les connaisse, ce qui le rend inaccessible.

3- Apparition d'Amon

 

Même s'il n'est pas impossible qu'il ait existé un culte à Amon dès les premiers temps de l'Égypte pharaonique, celui-ci devait être très modeste et aucune trace n'en a été à ce jour retrouvée. Les premières mentions connues du dieu Amon datent de la toute fin de la Première Période Intermédiaire et du Moyen Empire et se situent à Thèbes. Il est complètement absent à l'Ancien Empire. Son apparition est donc soudaine et il est en concurrence avec Montou, divinité principale du nome thébain.

 

La première attestation d'Amon dans la région thébaine se trouve sur une stèle de particulier: la stèle Turin inv. suppl. 1310 datée du règne d'Antef II ou Antef III (XIème dynastie vers - 2100) sur laquelle on peut lire "...Il a satisfait Amon..."

La première mention d' Amon  à Karnak se trouve sur la colonne en grès d'Antef II ou III, trouvée dans le sous-sol du couloir du "Texte de la jeunesse" de Thoutmosis III

On peut y lire: "Rê-Amon, maître du ciel..."

4- Évolution d'Amon vers l'état de dieu dynastique

 

A partir de la XIIème dynastie (-2000 environ), son culte se développe très rapidement et Amon devient dès le début de la XVIIIème dynastie (Nouvel Empire vers -1550) le dieu principal du panthéon égyptien, un dieu national, dynastique et universel et ceci grâce à l'histoire même du pays.

En effet,  la XIIème dynastie qui met fin à la Première Période Intermédiaire et réunifie l'Égypte est thébaine et promeut Amon , son dieu local, comme le dieu principal de la religion d'état.

Cet état sera confirmé lorsqu'après une Deuxième Période Intermédiaire, c'est de nouveau une dynastie thébaine, la XVIIIème, qui chasse les envahisseurs Hyksos et fonde le Nouvel Empire. Ses biens et son personnel s'accroissent alors de manière considérable et ses temples principaux de Karnak et de Louxor deviennent les majestueux monuments que l'on connaît.

II- Les cosmogonies

 

Les cosmogonies sont les différents récits de la naissance du monde et des hommes.

   

    1- La cosmogonie hermopolitaine

 

La cosmogonie hermopolitaine met en œuvre l'Ogdoade hermopolitaine. Les huit personnifications représentent les potentialités du monde créé, présentes à l'état latent dans le magma primordial. Ils  interviennent en couple associant un principe féminin (figuré par un serpent) et un principe masculin (figuré par un batracien), exprimant chacun deux aspects d'un élément:

- Noun et Nounet: Creuset de la pré-existence.

- Hehou et Hehet: Concept d'infini.

- Kekou et Kekout: Les ténèbres.

- Tenemou et Tenemout: Tout ce qui est mouvant.

A ce dernier couple se substitua Amon et Amonet : ce qui est caché, mais ceci n'intervint pas avant le Nouvel Empire.

Cette Ogdoade  mit en œuvre le processus qui créa le monde.

Amon et Amonet

Temple de Karnak

    2- La cosmogonie thébaine

 

Amon devenu le dieu principal du panthéon, le clergé décide de lui constituer dès le Nouvel Empire une théologie propre. En fait la cosmogonie thébaine combine des éléments existants déjà dans les cosmogonies d'Hermopolis, d'Héliopolis et de Memphis.

 

Au commencement des temps, un serpent est apparu dans le Noun, l'océan primordial.  Kematef  "Celui qui accomplit son temps" naquit à Thèbes où émergea la butte primordiale et mit en route le processus de création.

Amon-Cobra Kematef

 

Musée de Louxor

Lorsque son temps fut terminé, il laissa la place à Irto "Celui qui a fait la Terre" qu'il tira de sa propre substance. Kematef partit reposer là où il était apparu dans l'antique Djamê (Médinet Habou). Irto créa donc l'univers: la Terre et les 8 membres de l'Ogdoade. Ceux-ci nagèrent jusqu'à Hermopolis où ils mirent au monde le Soleil puis rejoignirent  Memphis et Héliopolis pour donner naissance à Ptah et Atoum. Ceci fait, ils rentrèrent à Thèbes et rejoignirent Kematef et Irto sous la butte de Djamê.

III- Les représentations d'Amon

 

* Sous sa forme majeure, celle qui prédomine dans le temple de Karnak, Amon est représenté comme un homme coiffé du mortier aux deux hautes plumes.

Temple de Deir el-Medineh

Temple de Karnak

Musée du Louvre

* Amon peut aussi être représenté sous la même forme que le dieu Min  ithyphallique

Chapelle blanche de Sésostris Ier

Temple de Karnak

Les premières représentations d'Amon sous sa forme "ordinaire" ou ithyphallique se rencontrent sur le temple funéraire de Montouhotep II (Moyen Empire- XIème dynastie- vers -2050) à Deir el-Bahari.

 

* Tardivement, sa statue était recouverte d'un voile lorsqu'elle sortait en procession, d'où le terme de "forme aniconique d'Amon".

 

*Ses animaux sacrés étaient le bélier, en raison de sa vigueur et l'oie, qui aurait pondu l'œuf primordial.

Le bélier est devenu à partir de la XVIIIème dynastie l'animal sacré du dieu Amon qui jusqu'à ce moment était essentiellement représenté sous forme humaine. Il sera représenté alors sous forme de bélier ou d'homme criocéphale.

Bélier d'Amon

Vienne (Autriche)

Allée processionnelle de Karnak bordée de criosphinx (sphinx à tête de bélier)

Dans le cintre: Amon sous forme d'oie du Nil.

Stèle d'un ouvrier- Musée du Caire

IV- Les épithètes d'Amon

 

    * La première épithète d'Amon se rencontre sous Montouhotep II (XIème dynastie- Vers -2050) dans son temple funéraire à Deir el-Bahari puis sous Amenemhat Ier (XI-XIIème dynastie- Vers -2000) sur un socle de naos de Karnak.

Jmn/Jmn-Ra nb ns.wt  tA.wy:

Amon/Amon-Rê maître des trônes du Double Pays.

    *  A partir de Sésostris Ier, on trouve une grande variété d'épithètes que l'on peut classer en plusieurs catégories:

 

     - Épithètes exprimant la souveraineté d'Amon sur le monde terrestre

Elles ont en commun la mention du Double Pays.

Cela signifie que Amon est un chef politique suprême.

Hry-tp tA.wy:

Qui est à la tête du Double Pays

nb ns.wt tA.wy:

Maître des trônes du Double Pays

nsw.t tA.wy:

Roi du Double Pays

nb tA.wy:

Maître du Double Pays

     - Épithètes exprimant la souveraineté d'Amon sur le monde divin et céleste

Elles mettent en évidence la royauté divine d'Amon et sa prééminence sur les autres dieux.

Hry-tp nTr.w (nb.w):

Qui est à la tête des (de tous les) dieux

nsw.t nTr.w:

Roi des dieux

nb p.t:

Maître du ciel

- Épithètes exprimant la souveraineté d'Amon sur Karnak

nb Ip.t-sw.t: 

Maître de Karnak

 

xnty Ip.t-sw.t:

Qui domine Karnak

C'est Sésostris Ier qui baptise ainsi Karnak: "Celle qui recense les places" ou "La plus choisie des places" ou "Somme des places"?

 

 - Épithètes d'obédience coptite ou liées au dieu ithyphallique

nb ip.wt : 

Maître des chapelles

 

Hry-ib ip.wt:

Qui réside dans les chapelles

 

xnty ip.wt=f :

Qui domine ses chapelles

Ces trois épithètes accompagnent toujours Amon ithyphallique.

nb sHn.t:

Maître de la "tente"-sehenet

En correspondance avec les rites de fondation et d'étaiement du mât de Min.

KA-mw.t=f :

Taureau de sa mère

Amon sous sa forme fécondante. Cette épithète apparaît avec Sésostris Ier sur la Chapelle Blanche et est en étroite relation avec le mythe de Min à Coptos.

V- Les parèdres d'Amon et la triade thébaine

 

   1- Les parèdres d'Amon

 

Aux côtés d'Amon figurent deux représentations du principe féminin: Amonet et Mout.

* Amonet est empruntée à la cosmogonie hermopolitaine. C'est la compagne d'Amon au sein de l'Ogdoade.  Elle est la plus ancienne des parèdres de Amon et est mentionnée dès le règne de Sésostris Ier (vers -1950)

Amonet

Temple de Karnak

Elle réside plus volontiers au temple de Louxor "Le harem du sud". Tous les ans Amon quittait son sanctuaire de Karnak pour venir s'unir à elle lors de La Fête d'Opet. De leur union dépendait le bon fonctionnement de la vie sur terre avec en particulier l'arrivée des eaux de l'inondation.

 

* Mout

La plus ancienne attestation de Mout date de la Deuxième Période Intermédiaire (vers -1600).

Elle peut se présenter sous la forme d'une femme portant sur la tête une dépouille de vautour surmontée du pschent.

La déesse Mout

Ramesseum

ou sous la forme de la lionne Sekhmet, déesse dangereuse.

Temple de Mout

 Louxor

Le rôle de Mout semble davantage associé à l'aspect politique du dieu Amon. Dans la triade thébaine, elle est la mère de Khonsou.

Elle était vénérée dans un sanctuaire particulier, situé au sud du temple d'Amon de Karnak.

 

   2- La Triade Thébaine

La Triade Thébaine figurait la famille et comme toutes les triades de l'Égypte ancienne, elle était constitué du dieu, d'une déesse, son épouse, et de leur enfant divin.

A Thèbes elle était composée de Amon, Mout et Khonsou.

Khonsou  est un dieu lunaire.  Ce dieu remonte à l'Ancien Empire mais n'est connu à Karnak qu'à partir du Moyen Empire.

Il est représenté sous la forme d'un jeune homme portant la tresse sur le côté ou d'un dieu hiéracocéphale (à tête de faucon), coiffé du disque lunaire sur un croissant de lune.

                          Khonsou- Temple de Khonsou- Karnak

 

 

 

La triade thébaine- Amon-Mout-Khonsou- Temple de Médinet-Habou

VI- Les syncrétismes (fusions de plusieurs dieux)

 

   1- Amon-Rê

                                                 Chapelle d'Hathor- Deir el-Bahari

 

 

La théologie solaire du dieu Rê est une des plus anciennes d'Égypte, elle prend place dès les premières dynasties et l'apparition de la mention "Fils de Rê" pour désigner le pharaon apparaît à la IVème dynastie avec Didoufri.

 

Rappelons que la XIIème dynastie a réunifié l'Égypte depuis Thèbes dont le dieu local était Amon.  Les fondateurs du Moyen Empire revendiquant l'héritage des pharaons qui les ont précédé, on assiste alors à une association entre Rê et Amon. De plus ils devaient aussi composer avec le puissant clergé de Rê à Héliopolis  ainsi naît Amon-Rê.

Amon étant un dieu "nouveau", l'appropriation par Amon des caractères solaires le dote d'un fond théologique important et ancien.

 

Dans ce "couple", il y a une répartition des rôles: Rê est le dieu souverain, créateur qui règne sans gouverner alors qu'Amon gouverne sans créer, il est la manifestation terrestre de Rê.

 

L'association de Amon et Rê à Karnak est originelle, puisque la plus ancienne mention de Amon à Karnak est inscrite sur la colonne d'Antef II ou III sur laquelle on peut lire: "Rê-Amon, maître du ciel".

La nature solaire du culte d'Amon à Karnak est mise clairement en évidence par l'orientation du temple lui-même: il est aligné sur le point où se levait le soleil au solstice d'hiver.

 

Malgré cette fusion, Amon et Rê sont restés des divinités bien distinctes, et il devait exister un sanctuaire de Rê à Karnak, peut-être celui de l'Akhmenou.

 

Dans ce registre de théologie solaire, il est à noter que l'on trouve aussi dès Sésostris Ier des mentions de Atoum-Amon et Amon-Rê-Atoum.

Atoum était considéré également comme une personnification de Rê.

 

Enfin, notons  l'association très fréquente Amon-Rê-Horakhty.

2- Amon-Min

Sésostris Ier faisant une offrande à Amon-Min.

Chapelle Blanche-Karnak

Le culte du dieu Min à Coptos, dieu fécond, remonte à la Ière dynastie. La similitude de ce dernier avec les aspects ithyphalliques d'Amon de Karnak a incité certains auteurs à voir en Min de Coptos le précurseur d'Amon.

 

Les emprunts d'Amon à Min sont de deux ordres:

- Iconographique: Amon ithyphallique (dont les plus anciennes attestations remontent à Montouhotep II) est strictement identique à Min; dieu ithyphallique, gainé, bras levé portant un flagellum, coiffé du mortier surmonté de deux hautes plumes.

Cependant la mention Min-Amon ou Amon-Min n'est pas connue dans la documentation du Moyen Empire. La première attestation connue se trouve sur une statuette votive datée de la Deuxième Période Intermédiaire (XIII-XVIIème dynastie) et ne se répand vraiment qu'à partir du Nouvel Empire.

Auparavant la représentation d'Amon ithyphallique est appelée Amon ou Amon-Rê.

 

-Liturgique: le transport du dieu Amon sur un pavois est repris de la liturgie de Min à Coptos.

Le dieu Amon voilé dans châsse

 Temple de Karnak

D'autre part, la liturgie de l'érection du mât de Min, partie intégrante de sa fête, a été adoptée par Amon dès le Moyen Empire

Érection du mât

Chapelle Blanche de Sésostris Ier- Karnak

Il est aussi possible que la triade thébaine: Amon-Mout-Khonsou soit un emprunt à la triade Min-Mout- Hor Min de Coptos.

VI- Le culte à Amon

 

Le culte à Amon se développa à partir de la XIIème dynastie, période à laquelle il passa de l'état de dieu local à celui de dieu d'état.

Son culte purement thébain au départ s'étendit progressivement à toute l'Égypte, du Delta à la Nubie et ce jusqu'aux périodes tardives.

Une courte période fait figure d'exception, celle de la période amarnienne (sous le règne d'Akhenaton), pendant laquelle une proscription s'abattit sur les dieux autres que Aton. Son nom et ses représentations furent alors martelés partout en Égypte.

Mais dès l'an 1 du règne de Toutankhamon, son culte fut restauré.

C'est Amenemhat Ier (vers -2000) qui le premier dota Amon d'un clergé important, tous les clercs étant des grands personnages du royaume, choisis par le souverain.

C'est ce clergé qui jouera plus tard un grand rôle dans l'histoire de l'Égypte jusqu'à usurper le pouvoir.

 

    1- Les temples

 

Rendre un culte à un dieu en Égypte ancienne revenait pour un roi à rendre compte de son action. Il se devait d'apaiser le dieu en lui construisant des temples et en restaurant ou agrandissant les édifices existants.

 

 * Le temple de Karnak

L'importance du culte à Amon se manifeste à travers l'importance des temples qui lui étaient dédiés et en particulier le temple de Karnak à Thèbes  qui fut sans cesse remanié et étendu pendant 2000 ans (du Moyen Empire à l'époque ptolémaïque), occupant une surface de 30 hectares, ce qui en fait le plus grand temple d'Égypte.

Le temple de Karnak

* Le temple de Louxor

Un autre temple important dédié au culte d'Amon est Le temple de Louxor ou Opet du sud, situé à 1km environ au sud du temple de Karnak et dont la construction débute au Nouvel Empire, sous la XVIIIème dynastie.

Le temple de Louxor

 * Le temple de Médinet Habou

Situé à proximité du temple funéraire de Ramsès III, en face du temple de Louxor sur la rive opposée du Nil.  Sa construction débute à la XVIIIème dynastie à l'endroit exact de la butte de Djamê, sous laquelle reposent les dieux primordiaux de l'Ogdoade hermopolitaine. Il fut remanié jusqu'à l'époque ptolémaïque.

* Autres temples

 

Le temple de Pi-Ramsès (Basse-Égypte)

Il n'en reste que des vestiges dans la  capitale construite par Ramsès II (Nouvel Empire- XIXème dynastie).

 

Le temple de Tanis (Basse-Égypte)

Construit au Nouvel Empire et embelli à la Basse Époque, il ne reste que quelques éléments de ce temple qui avait été conçu comme une réplique de celui de Karnak.

 

Le temple de Tell el-Balamun (Basse-Égypte)

 

Le temple de Malqata (en face de Louxor)

Il se situait à proximité du palais d'Amenhotep III (Nouvel Empire- XVIIIème dynastie)

 

 

 

Les temples dans les oasis:

 . L'oasis de el-Kharga et son temple ptolémaïque

 . L'oasis de Siwa où Alexandre le Grand se rendit pour légitimer son pouvoir grâce à l'oracle d'Amon.

 

Les temples nubiens:

 . Le temple d'Amada (Nouvel Empire) déplacé et sauvé lors de la construction du barrage d'Assouan.

 . Le temple de Soleb (Nouvel Empire)

 . Le temple de Beit el-Wali (Nouvel Empire)

 . Le temple du Gebel Barkal (Nouvel Empire- Basse Époque)

 . Le temple de Kawa (Basse Époque)

 . Le temple de Dabod (ptolémaïque) aujourd'hui à Madrid

 

Il faut également citer les sanctuaires de Amon-Rê-Osiris et de Amon-Sokar-Osiris  dans le temple de Deir el-Médineh

Enfin le sanctuaire d'Amon dans le temple de d'Hatchepsout de Deir el-Bahari.

2- Les fêtes

 

Thèbes était le lieu où se déroulaient les deux principales fêtes en l'honneur d'Amon:

 

* La Fête d'Opet

 

La Fête d'Opet se déroulait pendant la saison de l'inondation.

 Sous Thoutmosis III, elle durait 11 jours mais passa à 27 jours sous Ramsès III. Elle débutait alors le 19ème jour du deuxième mois de l'inondation (première quinzaine d'octobre).

Elle nous est connue par des représentations dans les temples de Karnak et de Louxor.

Cette fête menait le dieu Amon de son temple de Karnak à celui de Louxor.

Avant le départ, le souverain accomplit un certain nombre de rites devant la barque portative d'Amon.

Puis 6 rangées de 3 à 4 prêtres transportent la barque sur leurs épaules alors qu'un officiant dégage le chemin. La barque d'Amon est suivie par celle de son épouse Mout puis celle de son fils Khonsou et enfin la barque royale, le tout au rythme de la musique.

A l'époque d'Hatchepsout, la procession se rendait par voie de terre de Karnak à Louxor, puis à partir d'Aménophis III, les barques n'allèrent pas au-delà du port de Karnak  où elles étaient chargées sur leurs nefs respectives.

Commence alors le trajet sur le Nil, la barque où se trouve la statue d'Amon est la barque "Ouserhat", à la proue puissante, halée par la nef royale et depuis la rive par des hommes.

A l'arrivée à Louxor, des porteurs remontent l'allée reliant le débarcadère au temple avec les barques sacrées qui seront installées dans  trois  chapelles. le souverain présente ensuite des offrandes aux dieux.

La fête se termine par le trajet retour, les nefs descendant le courant sans besoin de halage.

La barque sacrée d'Amon au départ de Karnak- Chapelle rouge d'Hatchepsout- Temple de Karnak

* La Belle Fête de la Vallée

 

Cette fête, instaurée dès le Moyen Empire, prit une grande ampleur sous les ramessides.

Elle avait lieu à la nouvelle lune, le deuxième mois de la saison des moissons, dans le courant du mois d'avril et durait 12 jours.

Le roi, sortant de son palais se rend au temple de Karnak et invite le dieu à venir sur la rive gauche du Nil visiter les monuments funéraires de ses ancêtres afin de les vivifier.

Amon sur sa barque est précédée de la barque royale et suivi par celles de Mout et Khonsou.

Traversant le fleuve vers l'ouest, il arrive sur la rive des nécropoles et fait halte au Ramesseum (temple funéraire de Ramsès II). Il y reçoit la visite et les hommages des autres dieux par l'intermédiaire de leurs statues.

La réunion des dieux entraîne un renouveau de vie pour tous ceux enterrés alentour. Puis tous les temples funéraires sont visités.

Le soir, les grandes familles de Thèbes traversent à leur tour le Nil et viennent en procession jusqu'aux tombes de leurs parents.

 

3- La théogamie

 

La théogamie est le principe selon lequel le dieu peut prendre la place physique du pharaon auprès de la reine afin de pouvoir s'unir à elle et ainsi engendrer le futur héritier du trône.

La première théogamie est apparue pour les rois de la Vème dynastie (Ancien Empire) et avec elle la mention de "Fils de Rê", comme nous l'apprenons dans le papyrus Westcar.

 

Puis celle-ci fut adoptée par les rois de la XVIIIème dynastie en substituant Amon à Rê, afin d'assoir leur légitimité.

Hatchepsout fut la première à raconter sa "naissance divine" sur les parois de son temple de Deir el-Bahari: elle fut engendrée par Amon qui avait pris l'apparence de son père Thoutmosis Ier auprès de la reine Ahmès.

A son tour Amenhotep III racontera sa "naissance divine" sur les parois du temple de Louxor.

Amon s'unit à la mère d'Amenhotep III.

Temple de Louxor

4- Les oracles

 

L'oracle est l'expression de la volonté du dieu.

A partir du Nouvel Empire, dans le composé Amon-Rê, il y a une sorte de

"division du travail": l'aspect Rê, c'est le créateur, c'est le soleil qui crée le monde chaque jour en se levant et l'annule chaque soir en se couchant. Cet élément est conçu comme un souverain qui règne mais ne gouverne pas, il se contente de créer le monde. Par opposition, l'aspect Amon est le roi qui gouverne et de nombreux aspects de son culte sont des aspects de cette qualité de souverain du lieu. Par exemple, ce dieu est promené en procession et à côté de l'aspect religieux de ces processions, c'est le souverain du lieu qui fait une tournée d'inspection de son domaine. Lors de ces processions, il prononce aussi des décisions et répond par oracles.

 

Ce phénomène de l'oracle n'a pas d'attestation avant le Nouvel Empire, en particulier le premier oracle attesté a eu lieu sous Hatchepsout, tout simplement parce qu'elle en avait besoin pour justifier son pouvoir: c'est Amon lui-même qui l'a choisie pour devenir pharaon.

C'est par conséquent un rôle politique éminent accordé par la reine au dieu et à son clergé.

La puissance politique du clergé d'Amon sera considérable lors des périodes politiques troublées.

Puis Thoutmosis III à son tour, dit qu'il a été choisi par Amon à travers un oracle.

 

Mais cela introduit un problème pour la monarchie égyptienne: le roi est le représentant du dieu sur terre. A partir du moment où Amon exprime des décisions par oracle, il fait double-emploi avec le roi. C'est un phénomène assez inquiétant pour le pouvoir qui a conduit, en partie,  à la réforme avortée d'Akhenaton qui voulait se débarrasser d'Amon en vertu du fait que seul le roi doit rendre des oracles et Amon devait donc être évacué.

 

L'usage des oracles se perpétuera pour les rois koushites de la Troisième Période Intermédiaire ( vers -700) et même Alexandre le Grand sera proclamé "Fils du dieu" et "roi d'Égypte" par l'oracle d'Amon de Siwa.

 

Ce développement des oracles à partir d'Hatchepsout aura de grandes conséquences pour Karnak dans la mesure où cela va conduire à l'élaboration d'allées processionnelles qui vont s'étendre sur des kilomètres de long entre Karnak et Louxor par exemple. Petit à petit, celles-ci vont être dallées, décorées de reposoirs de barques, de sphinx pour souligner le côté monumental de la chose. Tout cela pour fournir une mise en scène pour les oracles d'Amon.

 

 

 

 

 

5- Amon, dieu des humbles

 

Amon, roi des dieux, n'est pas seulement le dieu des souverains. En effet à partir du Nouvel Empire, la religion populaire l'assimile: chacun reconnaissait en Amon "son dieu".

Amon devient pour eux "Celui qui écoute les prières".

Ramsès II fera d'ailleurs construire un espace à l'est du temple de Karnak.: le  "Sanctuaire d'Amon-qui-écoute-les prières".

Situé à l'extérieur du temple proprement dit, le peuple y avait accès pour faire des prières et des demandes. Le dieu, par l'intermédiaire des prêtres y rendait également des oracles.

 

 

 
VII- Le clergé d'Amon- Les Grands Prêtres d'Amon- Les Divines Adoratrices d'Amon

 

 1- Le clergé d'Amon

 

Le clergé d'Amon fut rapidement et considérablement enrichi par les conquêtes des souverains du Nouvel Empire.

Selon le Papyrus Harris I, sous Ramsès III, le clergé d'Amon disposait d'un total de plus de

80 000personnes à son service: prêtres, paysans cultivant les terres, chasseurs, bateliers, administrateurs divers, ouvriers....

Il disposait également de 433 jardins, de 2393 Km2 de champs, de 83 bateaux, de 46 chantiers de construction....

De plus par l'oracle de son dieu, il était devenu tout puissant dans l'État.

 

   2- Les Grands Prêtres d'Amon

 

Le Grand Prêtre d'Amon, supérieur du clergé, était également appelé Premier Prophète d'Amon. Il était l'administrateur des biens du temple.

Il est à noter qu'on ne connaît pas la charge de Premier Prophète d'Amon au Moyen Empire, la hiérarchisation des charges a dû intervenir dans le courant de la Deuxième Période Intermédiaire.

Celui-ci était nommé par le roi qui le choisissait parmi les grands personnages du royaume: haut dignitaire, commandant d'armée....

De plus dès la XVIIIème dynastie, ils obtinrent des charges civiles, telles que chargé des finances, gouverneur de Haute-Égypte..., qui en firent des grands responsables de l'État.

Cette puissance temporelle du clergé fut combattue par Akhenaton le temps de sa "révolution amarnienne".

 

Du fait de la constitution de "familles sacerdotales", les charges officielles importantes pouvaient être détenues par la même famille.

Les terres et propriétés des temples devenaient de véritables domaines seigneuriaux qui se détachaient de la tutelle du souverain.

Le clergé d'Amon possédait sa propre milice et des tribunaux sacerdotaux qui rendaient des jugements par le biais des oracles.

Une puissance thébaine se forme donc en marge de l'autorité royale.

A la fin de la XXème dynastie ( vers -1080) et en raison du déclin de Ramsès XI, le Grand Prêtre d'Amon Hérihor établit en Haute-Égypte une monarchie théocratique, parallèle à la XXIème dynastie qui dirigeait alors la Basse-Égypte (de -1080 à -945) environ.

Parmi ces "prêtres-rois", on peut citer Piânkh, Pinedjem Ier, Menkheperrê,  Pinedjem II, Psouennès III

Trois des Grands Prêtres d'Amon ont fait écrire leur nom dans un cartouche, tel Pharaon.

Hérihor purifié par les dieux

Temple de Khonsou- Karnak

  3- Les Divines Adoratrices d'Amon

 

Le titre de Divine Adoratrice d'Amon ou Épouse du dieu désigne des prêtresses consacrées au service du dieu Amon.  Cette fonction se développe à partir de la XVIIIème dynastie. Elles sont des dames de haut rang, membres de la famille royale, princesses ou épouses royales.

 

Sous la XXIème dynastie, l'institution se transforme: désormais ce sont des femmes qui sont et doivent rester vierges qui se vouent exclusivement au dieu.

Elles se succèdent par voie d'adoption (souvent de tante à nièce) transmettant la prêtrise à leur "fille" et formant ainsi de véritables dynasties sacerdotales, dont le pouvoir temporel est considérable.

Apparemment, l'autorité des Divines Adoratrices d'Amon est restée limitée à la région thébaine.

Les Divines Adoratrices de la XXIIème dynastie se firent enterrer autour du Ramesseum, celles de la XXIV et XXVème dynastie à Médinet Habou.

Leur fonction est abolie sous la domination perse ( vers -525).

 

Les principales Divines Adoratrices d'Amon, à compter de - 750 (Troisième Période Intermédiaire):

- Chepenoupet Ière

- Amenardis Ière

- Chepenoupet II

- Amenardis II

- Nitocris Ière ou Chepenoupet III

- Ânkhnesnéferibrê

- Nitocris II

Chepenoupet offre des vases "nou" à Osiris Horus et Isis

Tombe de Pabasa- Thèbes ouest

Aménardis Ière

 Musée du Caire

Bibliographie:

 

- FRANCO Isabelle: Rites et croyances d'éternité- Pygmalion- 1993

- FRANCO Isabelle: Mythes et dieux- Pygmalion- 1996

- FREEMAN Charles: L'héritage de l'ancienne Égypte- Celiv-1997

- GABOLDE Luc: Karnak, Amon-Rê- IFAO- 2018

- GRANDET Pierre: Amon et Aton- Cours Khéops 2014

- GROS DE BELER Aude: La mythologie égyptienne- Molière- 1998

- LALOUETTE Claire: Histoire de la civilisation pharaonique- Flammarion- 2011

- LESSING Erich- VERNUS Pascal: Dieux de l'Égypte- Imprimerie Nationale-1998

- MEEKS Dimitri- FAVARD-MEEKS Christine: Les dieux égyptiens-Hachette-1995

- SAUNERON Serge: Les prêtres de l'ancienne Égypte- Points- 1998

- STROUHAL Eugen: Vivre au temps des pharaons- Atlas-1992

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          L'Egypte ancienne....

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